Les fondations Technopieux

Il y a 3 ans, nous étions en train de plancher sur notre premier permis de construire.
Ce lundi, Technopieux est venu installer nos pieux de fondations. Cela signe le début de notre chantier et nous fait passer d’un coup dans le concret !

Je vous explique dans cet article les raisons de ce choix et le déroulé de cette journée toute particulière pour nous !

Le sujet est sensible dans un pays où la plupart des habitations reposent sur des fondations en béton. Ce rappel me paraît donc indispensable : ni Marc, ni moi, ne sommes issus de la construction et/ou compétents pour faire des recommandations au sujet des fondations. Ce que je relate ici est le reflet de notre cheminement, de nos exigences, de notre sensibilité et aussi de notre réflexion après documentation dans le seul objectif de faire un choix adapté à notre projet.

Technopieux, comment ça marche ?

Je me suis aperçue grâce à mes publications sur Instagram que le procédé était flou pour la plupart d’entre vous. Et c’est normal car il est encore assez « confidentiel » en France.

Un petit topo, en images, avant d’aller plus loin dans les explications me semble donc nécessaire.

Un pieux, c’est un tube en acier terminé par une hélice, comme on le voit ci-dessus.

La machine le visse dans le sol (photo 2), sans préparation préalable, jusqu’à obtenir la capacité portante recherchée. L’opérateur contrôle cela en direct grâce à un cadran situé sur la machine. Tant que le sol ne porte pas suffisamment, des rallonges sont ajoutées (photo 3). Ces rallonges sont des tubes sans hélice qui sont soudées au fur et à mesure sur le tube précédent.

Une fois les pieux en place, ils sont recoupés à la hauteur demandée (photo 4).

Une platine est ensuite soudée dessus puis percée (photo 5) afin de pouvoir par la suite accueillir les poutres de la dalle bois (dans notre cas, puisque les pieux peuvent aussi être utilisés pour fonder un bâtiment en béton).

La précision de l’intervention est de +-10mm pour le placement (qui se fait avec du matériel de géomètre) et +-5mm pour la hauteur finale.

Le choix des pieux vissés

1. L’impact écologique

Au tout début, nous cherchions à acheter un bien à rénover. Pas parce que ça nous plaisait davantage comme idée, simplement parce que nous avons tout à fait conscience qu’il serait plus normal, plus écolo, de commencer par réhabiliter les logements existants avant d’en construire de nouveaux.

En France, la construction résidentielle est responsable de près de la moitié de l’artificialisation des sols. Et cela a un coût écologique élevé : ruissellement entrainant érosion des sols et inondations, transfert des polluants vers les cours d’eau, découpage des habitats naturels, augmentation de l’effet « ilot de chaleur » à proximité des agglomérations, etc.
Bref, c’est pas bien joli.
Le mythe de la maison individuelle pour tous tel qu’il est vendu aujourd’hui, avec sa cour goudronnée et ses dalles en béton, pose un très gros problème.

Une maison sur pilotis n’imperméabilise pas le sol sur son emprise.

Les pieux vissés ont également l’avantage de ne pas être invasifs ou polluants pour le milieu dans lequel ils sont mis en œuvre, que ce soit au moment de la pose ou lors de l’exploitation du bâtiment.

2. Le bilan carbone

Alors oui, vous allez me dire que tout ça doit présenter un bilan carbone dégueulasse à cause de la fabrication des pieux en question et de leur transport. Surtout si je vous dis que les pieux sont fabriqués au Canada et acheminés par bateau en France ! (ce qui devrait évoluer, assez logiquement, vers l’installation d’une usine en Europe…)

Voici donc quelques données issues de la fiche de déclaration environnementale et sanitaire. La FDES est un document normé qu’il ne faut pas hésiter à demander aux fournisseurs puisqu’il permet d’obtenir des informations qualitatives d’analyse cycle de vie (j’en avais déjà parlé dans l’article sur les fenêtres).

Voici la ligne qui nous intéresse plus particulièrement pour tenter d’établir un mini bilan carbone :

Les différentes couleurs correspondent, dans l’ordre, aux phases suivantes pour 1kg de pieu :
– production en atelier au Canada
– transport et installation en France
– utilisation (incluant la maintenance, la réparation, la rénovation, etc)
– fin de vie, calculée ici sur les barèmes de mise en décharge puisque l’analyse considère que le pieux est laissé dans le sol
– total de l’empreinte

Lecture : 1kg de pieux émet l’équivalent de 3,02kg de CO2

Pour notre maison, en comptant les petites chutes inexploitables, on est environ à 1,6T d’acier pour l’ensemble des pieux. Ce qui nous amène à un total de 4,8 T éq.CO2.

Un Paris-Bali sans escale pour 1 personne.

Si nous avions opté pour des fondations classiques en béton (242kg éq.CO2 / m3), nous aurions du faire une semelle filante à 1m50 de profondeur afin de suivre la recommandation du bureau d’études. Cette seule quantité de béton de ciment aurait représenté 12,10 T éq.CO2.
Pour comparer en réelle équivalence, il faudrait ajouter à cela le terrassement supplémentaire, les parpaings et leur livraison, le ciment pour les assembler, etc. Bref, on serait sans doute plus près des 15T, donc avec un bilan carbone 3 fois supérieur à l’actuel.

Le béton et le sable

Le béton de ciment n’a pas vraiment la côte chez nous. Outre son bilan carbone désastreux (principalement à cause du ciment), il nécessite une minutieuse dévastation des plages et de leurs éco-systèmes pour extraire le sable qui le compose.

Dans cette vidéo, Et tout le monde s’en fout résume bien le gros problème de l’exploitation du sable :

3. La réversibilité

Les fondations, nous n’y connaissions pas grand chose lorsque nous avons commencé à modéliser notre projet de maison. C’est une discussion avec un architecte de notre entourage qui nous a appris l’existence des pieux vissés.

Ce qui nous a de suite intéressés, c’est sa réversibilité.

Pour nous, une maison écologique doit l’être sur l’ensemble de son cycle de vie, ce qui inclut donc : un sourcing pointu des matériaux, une mise en œuvre maitrisée avec un maximum d’éléments manuportables, une consommation d’énergie très faible au cours de l’exploitation (passant par une approche low tech), une longue durée de vie, et une déconstruction possible permettant le réemploi.

C’est de ce dernier aspect dont on parle quand on évoque la réversibilité : la possibilité de dévisser simplement les fondations, sans laisser d’autre trace qu’un simple trou à reboucher en surface.

Sur ce point également, le béton ne fait pas le poids puisqu’il imperméabilise et détériore le sol de façon durable.

4. La rapidité de mise en œuvre

28h, c’est le temps qui s’est écoulé entre le démarrage du chantier fondations lundi matin, et son achèvement mardi midi.

Si nous avions été prêts, nous aurions pu démarrer la construction de la dalle bois dès mardi puisque contrairement à des fondations coulées, il n’y a pas de temps de séchage.

Lorsque nous avions réalisé les fondations en béton romain de l’atelier, il nous avait fallut 2 jours de terrassement, 4 jours de remplissage des fouilles, et 4 jours supplémentaires pour couler le soubassement, soit un total de 10 jours hors séchage.
Au-delà du temps passé, nous nous rappelons très bien la frustration que représente ce travail herculéen : après tout ça, ne voir qu’un simple muret rectangulaire de 30cm dépasser du sol était limite décourageant !

Le travail du bois pour la suite est bien plus gratifiant et agréable à faire. Cette expérience en fondations maçonnées fait partie des éléments qui ont achevé de nous convaincre de choisir Technopieux. Nous démarrerons ainsi notre chantier bois sans cette première grosse fatigue.

5. La propreté dans l’exécution

Entre le moment où l’équipe de Technopieux est arrivée et le moment où elle est repartie, la seule différence visible sur le terrain était la présence des pieux.

C’est tout.
Pas de gravats, pas de terrain défoncé, pas de tas de terre, pas de poudres et restes de matériaux disséminés à droite et à gauche, tout au plus un peu de limaille de fer au pied des pieux, ce qui est très facile à retirer.

Cet aspect est vraiment super agréable, car un chantier propre est bien moins fatigant (c’est mon côté Marie Kondo qui parle).

Nos contraintes spécifiques

Notre terrain est situé dans une zone à fort aléa de gonflement / retrait des argiles. Ce qui signifie que le sous-sol bouge au grée des saisons (en lien avec la pluviométrie qui fait gonfler l’argile comme une éponge) et peut causer de gros dégâts aux bâtiments.
Le bureau d’étude qui a réalisé notre étude de sol recommandait, en cas de choix de fondations superficielles type semelle filante en béton, une profondeur de 1m50.
Cela allait de paire avec des travaux qu’il était pour nous hors de question de réaliser : « écarter de la future habitation, les arbres / arbustes d’une distance d’au moins 1,5 fois leur taille adulte ». Nous avons choisi ce terrain justement parce qu’il est boisé. De plus, la végétalisation, y compris à proximité immédiate de notre maison, nous paraît un atout indéniable face au dérèglement climatique. il est donc hors de question de s’imposer une recommandation de ce type !

le caractère argileux de notre terrain… photo prise lors de la pose des cuves de récupération d’eau de pluie

Comme je l’ai déjà évoqué, notre terrain est situé au bout d’un chemin qui rend le chantier peu accessible aux engins. La pelleteuse passe, le camion forestier aussi parce qu’il s’agit d’un plateau, mais les camions munis de bennes ou de toupies ne peuvent pas se frayer de passage et doivent donc s’arrêter 200m avant le site.

Les devis que nous avions demandé par curiosité montraient également que dans ce contexte, la solution Technopieux était compétitive en plus d’être complètement adaptée.

Enfin, en tant qu’autoconstructeurs sur un terrain présentant ce type de risque, nous avons trouvé judicieux de choisir une solution qui nous permet de bénéficier d’une décennale sur nos fondations.

La pose des pieux

L’installation des pieux s’est faite sur 2 journées. La première a été consacrée à la pose en elle-même, et la seconde à la fixation des platines qui recevront la dalle. Pour cette étape, nous n’avons fait que regarder c’est la seule fois où cela arrivera sur notre chantier !

Il y a eu une « surprise » au cours de ce chantier. L’un des pieux de la maison, et pas celui qui reçoit le moins de charges bien sûr, est descendu, descendu, descendu… Les rallonges se sont succédées, jusqu’à atteindre une profondeur de 22m. C’est assez rare apparemment, bien que pas très surprenant d’après le géologue sur place qui nous a indiqué qu’il devait s’agir d’un karst. En gros, une faille érodée par l’eau et remplie d’argile.

Comme vous pouvez le voir sur cette modélisation de nos pieux, il s’agit d’un phénomène ponctuel, assez impressionnant vu comme ça !

Il y a 2 ans, nous cherchions à savoir quel était le poids d’une maison en paille. Ça peut paraître saugrenu dit comme ça, mais nous en avions besoin pour les premiers estimatifs Technopieux avant que notre plan de maison ne soit achevé, et donc avant de pouvoir calculer les descentes de charge.

Voici donc quelques informations à titre indicatif :
– notre maison est un rectangle de 7m x 12,5m avec RDC +1
– la structure : ossature bois, remplissage paille, ouate en dalle et en rampants, charpente traditionnelle avec 2 fermes dont les charges descendent sur poteaux-poutres
– couverture légère : bacacier
Poids retenu pour les descentes de charge : 106 T
Nombre de pieux : 15


La suite à partir du 9 avril sur Instagram, et ici quelques temps plus tard. Pour suivre notre aventure d’autoconstruction paille, pensez à vous abonner !

3 réflexions sur “Les fondations Technopieux

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