Le choix de la paille

Après tout, même si la paille a le vent en poupe dans l’éco-construction, les raisons qui poussent à la choisir comme isolant sont nombreuses et mal connues du public. Il me paraissait donc intéressant d’évoquer les raisons de notre choix.

Avant cela, je vais vous raconter un peu le tout début du parcours, au moment où nous avions tout juste trouvé le terrain. À ce moment là, nous n’avions évoqué que la possibilité de rénover un bien existant, pas vraiment la construction et encore moins l’autoconstruction. Nous venions de visiter des earthships (celui de Biras et ceux de Champs Romain, en Dordogne), ce qui nous a ouverts sur l’idée et poussé à rechercher un terrain en pente. Nous avions visité de nombreux biens, mais aucun ne regroupait tous les critères.
Un jour, je tombe sur l’annonce du terrain sur le bon coin, et je prends RDV bien que Marc ne soit pas emballé, justement parce qu’il manquait le bâtit.
Et là, ça a été le coup de coeur.
Ce terrain regroupait presque tous nos autres critères : boisé, loin des cultures, sans vis à vis mais dans un hameau, pas de ligne électrique haute tension ou truc du genre à proximité, en pente, et avec un verger. Nous n’en avons jamais vu d’autre.

De retour à Bordeaux, un rapide tour d’horizon a été nécessaire avant de faire une offre d’achat. Nous avons évoqué les maisons container, et vite abandonné l’idée car nous ne nous voyions pas vivre dans des boites en métal dont on ne sait même pas ce qu’elles ont transporté… Nous avions visité des earthships, et même si le principe nous séduisait, les matériaux utilisés et le type de chantier (forcément participatif avec beaucoup de monde si on veut rentrer dans le budget et dans un délai raisonnable) ne nous correspondaient pas.
Puis, je ne sais même plus comment, j’ai découvert les maisons en paille, et ça a été un déclic pour nous deux (enfin, Marc a adoré, puis m’a sans doute dit que j’étais folle, mais il a l’air d’aimer ce trait de caractère !).

4 mois plus tard, nous avions déposé notre premier permis après avoir tous les 2 suivis la formation pro-paille à l’éco-centre du Périgord, plus que jamais confortés dans l’idée que ce choix était le plus adapté à nos envies !


Les stéréotypes

Aaaaah la fameuse histoire des 3 petits cochons… Elle a visiblement bien marqué les esprits, au vu du nombre de fois où l’on nous en a parlé. Outre le fait qu’elle a été complètement déformée par Walt Disney (il n’y avait pas de maison en bois, mais en brindilles, et les 2 premiers cochons ont fini mangés par le loup) il s’avère que dans la vraie vie, la maison en paille serait au moins aussi résistante que celle en briques… et serait bien plus confortable !

Avant de décrire les principales qualités de la paille en bottes, voici quelques idées reçues à déconstruire sur ce matériau extraordinaire !

« Une maison en paille, ça doit brûler facilement »

Non, une maison en paille ne brûle pas facilement du tout. La paille utilisée en bottes présente une densité très élevée (entre 80 et 120 kg/m3 sur base sèche). Il n’y a que peu d’oxygène à l’intérieur, élément essentiel à la combustion. Elle se consume très lentement et ne dégage que peu de de fumée ce qui en fait un isolant très efficace pour assurer la sécurité des habitant.es.

Vous êtes curieux.se ? Jetez un oeil à cette vidéo (au moins les 5 dernières minutes) :

« Dans une maison en paille, les insectes ou les rongeurs doivent faire des ravages »

Ce que les rongeurs mangent, c’est le grain. Une botte de paille de bonne qualité pour la construction n’en contient pas ou très peu. Comme dans les autres matériaux d’isolation, les rongeurs peuvent creuser des galeries. Elle sont néanmoins bien plus difficiles à réaliser pour eux du fait de la forte densité du matériau, bien supérieure à celle de la plupart des autres isolants.

Afin de ne pas attirer certains insectes amateurs de cellulose comme les termites, il est également essentiel que les bottes ne contiennent pas trop de foin. La paille, elle, est silicieuse, et ne présente aucun intérêt alimentaire. Elle ne permet pas d’assurer la survie d’une colonie, ce qui est un atout indéniable dans des régions touchées comme la notre.

« on ne peut pas contruire en étage avec la paille »

La botte de paille peut être utilisée en remplissage dans une ossature bois (la technique que nous avons choisie, mais aussi celle du GREB et du préfabriqué). C’est de cette façon qu’elle est la plus utilisée.
Elle peut également être utilisée en porteur. C’est à dire sans ossature bois, comme un parpaing de grande taille. C’est la technique dite Nebraska, du nom de l’État américain dans lequel elle a vu le jour au moment de l’invention de la botteleuse (1886).

Aujourd’hui, la construction paille a le vent en poupe dans la commande publique, et c’est tant mieux ! Des immeubles d’habitation, mais aussi des ensembles scolaires et autres ERP (établissements recevant du public) ont déjà mis en œuvre ce matériau, y compris en étages, avec succès.
Ci-contre, l’école en paille Stéphane Hessel-Les Zéfirottes à Montreuil.

© Jean de Pena

« on ne peut pas assurer une maison en paille »

Côté assurance habitation, aucune question sur la composition des murs de la maison.

Et côté chantier, il existe tout un tas de normes permettant d’attester des qualités techniques des matériaux et qui garantissent ensuite la possibilité d’assurer les bâtiments. Ce sont les DTU (bois), les règles pro (paille) et les avis techniques (terre crue). Ils rentrent parfois en conflit, mais les professionnel.les du bâtiment écologique ont l’habitude d’utiliser ces matériaux biosourcés et travaillent à leur mise à jour constante pour rogner un peu plus sur la place des bétonneurs.
Si comme nous vous vous faites accompagner par un.e pro, même sur une seule partir du chantier, vous pourriez bien bénéficier d’une décennale.

Pour nous, savoir exactement comment est faite notre maison et être capables la réparer est la meilleure des assurances !

Les performances de la paille

Maintenant que l’on a déconstruit quelques a priori, venons-en aux performances et atouts qui nous ont poussé à la choisir… et à en faire la promotion autour de nous !

Les performances thermiques

La paille en petites bottes debout ou sur chant permet d’obtenir une épaisseur d’isolant de 37cm. Dans cette configuration, la conductivité thermique est de 0,052 W/m.K, ce qui ne doit pas beaucoup vous parler mais sachez que cela la place parmi les meilleurs isolants du marché.

Isolgate

En fait, ça m’énerve un poil de voir les gens continuer à acheter et à plébisciter la laine minérale alors qu’il ne s’agit pas d’un matériau renouvelable ou biosourcé, que sa mise en œuvre est pénible, sa dépose dangereuse pour la santé, et ses performances franchement pas terribles.
What ?

Eh oui. Les fabricants, comme Volkswagen sur le diesel, ont menti toutes ces années sur les performances de leur produit.
Il faut dire que la laine de verre, c’est 90% du marché de l’isolation et un peu moins de 10 milliards d’euros par an d’aides de l’État sur le dos de la rénovation énergétique des bâtiments… Alors forcément, ça la mettrait mal d’avouer que le produit, tel qu’il est généralement mis en oeuvre, est 75% moins performant que ce qu’il est sensé être !

La gestion de l’hygrométrie

À l’intérieur d’une maison, le taux d’humidité idéal pour l’être humain est situé aux alentours de 45 à 60% selon la saison. En-dessous et au-dessus, en plus d’un inconfort, des problèmes de santé peuvent apparaître.
La paille est un matériau naturellement perspirant et régulateur : En plus de laisser l’humidité entrer et sortir, la paille assure naturellement le maintien d’une hygrométrie optimale. Ces propriétés sont renforcées par la présence des enduits intérieurs qui laissent respirer et perspirer le mur.

Si vous passez dans le secteur de Montargis et souhaitez découvrir l’atmosphère d’une maison en paille, rendez-vous à la maison Feuillette, devenue le siège du Centre National de la Construction Paille. Construite en 1920, elle est le plus vieux bâtiments de paille recensé en France et est un très bel exemple de la durabilité de cette méthode constructive puisqu’elle fête ses 100 ans cette année.

L’impact écologique

La paille est un matériau considéré comme déchet agricole. Sa production est inhérente à la production de blé, et 10% de la quantité produite en France chaque année suffirait à isoler l’ensemble des nouveaux logements construits au cours de cette même année !
Contrairement au sable (nécessaire au béton de ciment) ou à la pierre, il s’agit d’une ressource renouvelable. C’est ce qu’on appelle un matériau biosourcé. Et contrairement au bois, elle est renouvelable de façon annuelle.

Avant de devenir paille, la tige du blé a permis le stockage du CO2 atmosphérique. En construisant une maison en bottes, on emprisonne dans les murs une quantité donnée de CO2, qui ne serait relargué qu’à la déconstruction… en compostage !

La paille est trouvable de façon ultra-locale quasiment partout en France. C’est la raison pour laquelle 90% des chantiers utilisent de la paille qui a parcouru moins de 50km. Cet aspect, ainsi que l’utilisation du matériau non transformé (elle est juste bottelée) lui confère un excellent score du côté du calcul des énergies grises nécessaires à son utilisation finale.

Pour toutes ces raisons, on considère qu’une maison écologique construite en bottes de paille part avec un crédit carbone !

Je ne vous ferai pas ici un rapport complet sur les émissions de COV, mais je vous laisse imaginer la différence entre une maison construite en bois + paille + terre, et une maison en placo + peintures classiques + sol stratifié. Voir nos enfants grandir dans une maison saine et vivante nous apporte une grande satisfaction par avance !

Le coût

Dans une maison paille, au plus simple un mur c’est un enduit terre + des montants en bois + des bottes de paille + un enduit terre.
Une botte de paille ok pour la construction est vendue à l’heure actuelle dans les 2,5€ pièce.
Pour construire économique, on fait généralement appel à des bénévoles sur au moins 2 phases de chantier participatif : la mise en œuvre de la paille et la pose des enduits. Cela représente 2 à 3 semaines de chantier avec des équipes bien briefées.

Pour le cas où ce serait des pros qui se chargeraient de ces 2 phases, le coût au m2 exploserait. On parle généralement d’un coût plancher de 600€/m2 en autoconstruction totale avec de la récup, et de plus de 2000€/m2 pour un bâtiment entièrement réalisé par des pros.

De notre côté, nous sommes sur un mix entre ces 2 approches puisque nous nous faisons accompagner pour les lancements de phase et la préparation en amont, et nous organiserons des chantiers participatifs pour les 2 phases précédemment citées. Nous devrions au final être aux alentours de 1100€/m2 habitable.

La biophilie

En architecture, le design biophilique vise à introduire une certaine notion de « Nature » à l’intérieur des lieux de vie et de travail. Comment le faire mieux qu’en utilisant des matériaux biosourcés et la lumière naturelle ? Loin de n’être que purement philosophique, cette dimension est primordiale dans la façon de vivre le bâtiment puisqu’il a été démontré que nous gagnons fortement en bien-être dans un habitat conçu de cette façon.

Tout art est une imitation de la nature. Sénèque

La paille dans notre projet

Après tout ce que je viens de détailler sur ce matériau, vous comprendrez sans doute notre enthousiasme à l’utiliser pour réaliser notre maison ! Sans elle, nous ne nous serions sans doute pas lancés dans l’autoconstruction, à la fois pour des raisons techniques mais aussi pour des raisons financières.

Nous avons choisi d’utiliser la paille en bottes sur chant (couchées sur la tranche), insérées entre des montants de bois. À l’extérieur, un bardage mélèze et un pare-pluie rigide la protégeront des intempéries, sauf sur la façade Sud qui sera enduite. À l’intérieur, elle sera simplement enduite, puis parfois peinte ou finie à la chaux.

Nous sommes pour l’instant à la recherche d’un agriculteur pour nous fournir les bottes, car s’ils ne manquent pas trop dans le coin, ceux en bio se font plus rares. Et tous n’acceptent pas de stocker les bottes pendant les mois d’hiver.
Pour nous, hors de question de la stocker sur site : comme il reste toujours quelques grains dedans, c’est le meilleur moyen de développer une colonie de souris difficile à déloger… Et puis nous préférons pouvoir faire le contrôle qualité peu de temps avant la mise en oeuvre pour éviter les surprises.
Le RFCP met à disposition une fiche d’auto-contrôle qualité des bottes, indispensable pour s’assurer des propriétés techniques stables !

La paille nous permettra également, sous une autre forme, de constituer nos cloisons. Même si nous ne sommes pas encore certains de tous nos choix de ce côté là, il est certain que certaines seront banchées, et nous devrions également essayer de faire quelques adobes pour le plaisir 😉

On se quitte sur une réflexion en musique sur l’habitat, car plume ou pas, il doit évoluer !

Ressources

Le RFCP, grâce à qui la botte de paille a désormais des règles pro (indispensables à son essor), met à disposition l’ensemble des documents techniques et rapports d’essais sur son site.

Résonance Paille, le réseau de la construction paille en Nouvelle-Aquitaine.

Le Centre National de la Construction Paille, dont le siège est situé au sein de la maison feuillette.

Le réseau des Castors Rhône-Alpes, même quand on est pas dans la région car les pailleux sont partageux !

Et bien sûr les super contenus de La Maison Écologique.

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