Parlons cash !

S’il est une question difficile à aborder en France, c’est celle de l’argent.

C’est sans doute parce que je fais partie de ceux qui n’ont jamais eu d’épargne ou de patrimoine qu’il n’y a pas de tabou pour moi à ce sujet.

Lorsque nous nous sommes lancés dans ce projet, nous avons cherché à en savoir plus sur les coûts et surtout sur la façon dont les autres personnes se finançaient. Continuaient-elles à travailler pendant le chantier ? Si oui, quels étaient leurs emplois ? Si non, s’agissait-il d’une prise de congé sabbatique ou d’un autre type de pause professionnelle ? D’où venait l’argent lorsqu’il n’y avait pas d’emprunt ?

Je vais donc aborder la question suffisamment en détail pour que chaque personne qui aimerait se lancer puisse avoir une représentation juste d’une des façons de financer ce type de projet en sortant du « tout bancaire », qui est souvent un goulet d’étranglement pour l’auto-constructeur…

Le contexte

Personne ne partant du même point, il est important de connaître le contexte dans lequel nous évoluons, et ses contraintes inhérentes.

Le contexte professionnel

J’ai été salariée jusqu’à mon congé maternité, et travaillais à temps plein. J’ai tenté de pousser des projets en lien avec mes valeurs et mes convictions, mais je suis forcée de reconnaître que ces projets ne peuvent être soutenus par une entreprise inscrite, comme toutes aujourd’hui, dans une démarche de croissance. Je vais donc plancher de mon côté sur mon propre projet, en lien avec la question de la résilience des territoires ruraux.
Je suis indemnisée à hauteur de 1100€ environ.

M quant à lui travaille, à 90% habituellement. Son contexte professionnel lui permet de la souplesse dans l’organisation, et cette année il a pris un temps partiel (70%) qui est inégalement réparti sur l’année : en gros, il travaille à temps plein les premiers et derniers mois de l’année, pour se libérer du temps pendant l’été pour nos travaux. Sur ces mois là, il travaille 1 à 2 jours par semaine, et peut le faire la plupart du temps en home office donc depuis la Dordogne.
Sa rémunération mensuelle nette est de 1550€.

L’organisation familiale

Ce projet, nous devons l’étaler dans le temps car nous ne pouvons pas quitter Bordeaux immédiatement : V aura bientôt 7 ans et est en garde alternée. Son papa s’occupe bien d’elle, et elle a trouvé son équilibre dans ce partage de temps. Je ne me vois absolument pas lui demander de choisir son lieu de vie à cet âge.
Il est certain que la question se posera dans quelques années, notamment au moment de l’entrée à l’école de O, mais nous aurons tous d’ici là pu réfléchir à la meilleure façon de faire les choses.
Ce paramètre joue beaucoup dans notre organisation, puisque je dois être la moitié du temps à Bordeaux en période scolaire. Nous devons donc conserver un pied-a-terre là bas, à 1h45 de route de notre terrain, et prendre en compte cet impératif pour l’organisation des chantiers.

Enfin, la naissance de O au mois d’avril, qui a pas mal rebattu les cartes. Tant du côté organisationnel que financier.
La principale incidence de son arrivée est qu’elle a départi le chantier de mes 2 bras ! Nous avons donc choisi de nous faire accompagner afin de nous libérer un peu de charge mentale.

Le coût global

L’enveloppe budgétaire que nous nous étions fixée au départ était de 120 000€ pour l’ensemble du projet : terrain + maison + atelier.
Il nous apparaît clairement aujourd’hui que nous allons dépasser ce montant, qui correspond plutôt au coût hors atelier.

Il nous serait possible de rester dedans et même d’aller en dessous, mais cela nous obligerait à faire trop de concessions sur des points qui aujourd’hui comptent pour nous. Nous avons renoncé à pas mal de détails comme le joli vide sur séjour imaginé au départ, et nous avons dessiné une maison fonctionnelle et sans fantaisie. Alors oui, nous pourrions choisir un bac acier moins cher, réaliser des enduits extérieurs au lieu du bardage mélèze, faire une serre accolée, mais cela enlèverait de l’esthétique à la maison, et des étoiles dans nos yeux au passage.
Nous aurions également pu choisir de construire une maison de type kerterre, une yourte, ou encore une cabane dans les bois, mais cela ne colle pas avec nos attentes et ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons d’une maison confortable et durable. Et je mesure bien en l’écrivant qu’il s’agit ici d’une conception d’occidentale privilégiée…

À l’heure actuelle, voici donc la répartition du budget :
– construction de l’atelier (68m2 au sol + 30m2 environ en mezzanine) : 25 000€ estimés à ce jour, le bilan nous dira prochainement si nous sommes dans les clous.
– construction de la maison : 90 000€ estimés. Nous affinerons cette partie à l’automne, une fois l’atelier terminé.

Les autres dépenses

Quand nous avons définit notre budget, nous avons sous-estimé ou oublié certains éléments qui mis bout à bout coûtent cher ! D’autres, que nous avions en tête viennent s’y ajouter, ce qui donne actuellement :
– SPANC pour étude d’ANC nécessaire au dépôt du PC : 75€
– bureau d’études géotechniques pour analyse de sol : 1900€
– étude géobio pour implantation des bâtiments : 300€
– mise en place d’un compteur de chantier 275€ + achat compteur d’occasion 100€
– achat de câble pour parcourir les 60m entre le point de raccordement et le cabanon : 200€
– mise en place du compteur d’eau : 1600€ (oui oui, pour faire 2 trous dans la terre et une tranchée de 5m)
– achat de tuyaux et plomberie pour créer un point d’eau : 100€ environ
– achat de matériel et outils : 3000€ environ à ce jour (dont 500€ pour la bétonnière qui sera revendue une fois les chantiers terminés)

Soit environ 7500€ liés en partie à la viabilisation du terrain, qui n’était pas obligatoire mais s’avère très confortable, tant pour réaliser les travaux que pour vivre sur place avec la caravane. Nous avons bien entendu toujours pour objectif de nous débrancher une fois la maison hors d’air.

En voyant ces chiffres, on s’aperçoit bien qu’au démarrage d’un chantier, il vaut mieux avoir mis quelques sous de côté pour tout cela, et ainsi éviter de gréver le budget avant même d’avoir commencé. Ou alors acheter un terrain déjà viabilisé lorsqu’on le souhaite, et être déjà très bien équipé en matériel de travail du bois.

Les modalités de financement

Pour financer ce type de projet, il me semble important d’être très conscient.e dès le départ des échéances : certains frais nécessiteront paiement dès le dépôt du permis, d’autres interviendront au fil de la construction, d’autres encore seront nécessaires au démarrage des travaux. Une petite enveloppe gardée de côté est donc souhaitable.
Lorsque l’ensemble est financé par la banque, il est impératif de questionner l’établissement sur le montant des éventuels frais de déblocage !

De mon côté, je le disais en préambule, 0 épargne, 0 patrimoine. C’est donc très simple, j’ai emprunté un peu plus de 60 000€. Dans les conditions obtenues, cela représente une mensualité d’environ 340€.

Du côté de M, c’est un peu différent. Il a acheté avec ses parents il y a 3 ans la petite maison dans laquelle nous vivons à Bordeaux. Il rembourse donc son prêt, à hauteur de 550€ par mois.
Cette maison a pris de la valeur en peu de temps, en lien direct avec l’ouverture de la LGV et l’arrivée massive de parisiens. Les prix se sont littéralement envolés, créant une fois de plus une bulle spéculative qui laisse pas mal de bordelais sur le carreau. Les prix des biens immobiliers sont aujourd’hui bien trop élevés pour les salaires moyens, dont nous faisons d’ailleurs partie.
Nous envisageons donc de revendre cette maison dans l’hiver. La plus-value dégagée et la récupération de l’apport initial nous permettront, si sa valeur reste la même qu’aujourd’hui, de financer sa part du projet et une partie d’un loyer en location pendant les 3 années à venir.

Il est évident que si nous avions acheté ensemble cette maison à Bordeaux, nous ne pourrions pas nous permettre de faire un prêt pour notre projet en Dordogne. Nous aurions alors du, soit imaginer autre chose qu’une maison, soit tout lâcher d’un coup pour partir. Nous n’aurions pas pu nous permettre le confort de ce départ en douceur qui a également l’avantage de nous ménager physiquement, et psychologiquement car les efforts pour atteindre un niveau satisfaisant d’autonomie sont importants.

Nous avons vu des couples exploser dans notre entourage suite à des changements de vie très soudains, et il n’est pas rare de voir des annonces de maisons à terminer sur le Boncoin. Notre formateur paille nous disait d’ailleurs que les couples traversent généralement 1 hiver en chantier mais pas 2. Une information importante à prendre en compte, tant au niveau de la planification du projet que de ses échéances de financement.


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