Parlons cash !

EDIT : Article réécrit pour mise à jour en août 2021.

S’il est une question parfois difficile à aborder, c’est celle de l’argent.
Lorsque nous nous sommes lancés dans ce projet, nous avons cherché à en savoir plus sur les coûts et surtout sur la façon dont les autres personnes se finançaient. Continuaient-elles à travailler pendant le chantier ? Si oui, quels étaient leurs emplois ? Si non, s’agissait-il d’une prise de congé sabbatique ou d’un autre type de pause professionnelle ou d’organisation de vie ? D’où venait l’argent lorsqu’il n’y avait pas d’emprunt ?

Je vais donc aborder la question suffisamment en détail pour que chaque personne qui aimerait se lancer dans un tel projet puisse avoir une représentation juste des coûts.

Le contexte

Personne ne partant du même point, il est important de connaître le contexte dans lequel nous évoluons, et ses contraintes inhérentes.

Le contexte professionnel

J’ai été salariée jusqu’à mon congé maternité (début 2019), et travaillais à temps plein. J’ai ensuite été un temps indemnisée par l’assurance chômage (1100€ par mois) et suis maintenant sans revenu. Je ne pourrai pas rester dans cette situation, il va me falloir trouver un job alimentaire dans les semaines à venir.

Marc quant à lui est salarié. Il était à 90% au démarrage de notre projet, et est passé à 70% en vue du démarrage de nos travaux. Son temps partiel est inégalement réparti sur l’année : grossièrement, il travaille à temps plein les premiers et derniers mois de l’année, pour se libérer du temps pendant l’été pour nos chantiers.
Les confinements ont facilité la transition vers un fonctionnement en home office quasi permanent. Sa rémunération mensuelle est de 1550€.

L’organisation familiale

Au lancement de notre projet, ma fille était en garde alternée. Nous avions prévu de faire avec cette contrainte et de conserver un pied-à-terre à Bordeaux pour y être 1 semaine sur 2.
Divers événements ont modifié le cours des choses pendant l’année 2020, nous amenant à déménager et à modifier les conditions de garde. V vit désormais avec nous selon le rythme « classique ». Nous mesurons aujourd’hui à quel point notre idée de départ était irréaliste…

O est né en avril 2019, juste avant le démarrage du chantier de l’atelier. Son arrivée a eu de nombreuses incidences organisationnelles : 2 bras en moins pour le chantier et une charge mentale importante en supplément. De plus, il nous a été difficile de trouver une nounou pour lui, qui n’est gardé que depuis le mois de juin 2021 et à mi-temps.

Pourquoi vous parler organisation dans un billet dédié à l’argent ?

Parce que le temps disponible pour un chantier fluctue beaucoup selon que l’on ait des enfants ou non, que l’on vive à proximité ou au contraire assez loin… et que prendre conscience de tout cela permet de poser des bornes :
– temporelles // suis-je ok avec l’idée de passer 5 ans ou plus à construire ma maison ? à vivre dans un habitat léger plus ou moins confortable ?
– de capacité // quelle est ma propre limite entre le « je fais tout, tout.e seul.e, y compris détailler mon bois de charpente dans les arbres du terrain et chiner les matériaux manufacturés » et le  » je fais faire par des artisan.es de A à Z ».

Nous avons pour souhait d’emménager au plus tard en décembre 2022, ce qui nous aura laissé 1 an et 9 mois pour rendre la maison habitable.
Pour tenir ce délais dans notre budget et notre schéma familial et professionnel, nous ferons quasiment tous les travaux nous-mêmes avec des approvisionnement en direct fabriquant le plus possible et sans récupération de matériaux.

Le coût global

L’enveloppe budgétaire que nous nous étions fixée au départ était de 120 000€ pour l’ensemble du projet : terrain + maison + atelier.

Nous avons revu notre copie pour une raison assez simple : nous ne ferons qu’une seule maison dans notre vie, alors nous ne voulons pas regretter et souhaitons qu’elle nous ressemble vraiment. Il aurait été possible de tenir le budget imaginé au départ, et même d’aller en dessous, mais cela nous aurait obligés à faire trop de concessions sur des points qui comptent pour nous.
Nous avons renoncé à pas mal de détails comme le vide sur séjour imaginé au départ, la serre bioclimatique adossée, et nous avons dessiné une maison fonctionnelle et sans fantaisie. Alors oui, nous pourrions choisir un bac acier moins cher, réaliser des enduits extérieurs au lieu du bardage mélèze, opter pour des menuiseries moins performantes et/ou d’occasion, réduire la surface au sol, faire un toit mono-pente… Mais quitte à faire soit-même sa maison, autant la kiffer non ?

Nous aurions également pu choisir de construire une maison de type kerterre, une yourte, ou encore une cabane dans les bois, mais cela ne colle pas avec nos attentes et ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons d’une maison confortable et durable. Et je mesure bien qu’il s’agit d’une conception de privilégiée.

À l’heure actuelle, voici donc la répartition du budget :

– construction de l’atelier (68m2 au sol + 30m2 environ en mezzanine) : 30 000€
L’ossature est clairement surdimentionnée, nous avons commandé le bardage en trop grande quantité, l’accompagnement était cher… l’atelier aurait donc pu nous coûter moins que ça. C’est une expérience formatrice à de nombreux points de vue !

– construction de la maison : 120 000€ estimés hors parc solaire. Nous sommes pour l’instant dans les clous, je ferai un point détaillé sur le budget maison une fois celle-ci achevée.

Les dépenses « oubliées »

Quand nous avons définit notre budget, nous avons sous-estimé ou oublié certains éléments qui mis bout à bout coûtent cher ! D’autres, que nous avions en tête viennent s’y ajouter, ce qui donne actuellement :
– SPANC pour étude d’ANC (assainissement non collectif) nécessaire au dépôt du PC : 75€
– bureau d’études géotechniques pour analyse de sol : 1900€
– étude géobio pour implantation des bâtiments : 300€
– mise en place d’un compteur de chantier 275€ + achat compteur d’occasion 100€
– achat de câble pour parcourir les 60m entre le point de raccordement et le cabanon : 200€
– mise en place du compteur d’eau : 1600€ (oui oui, pour faire 2 trous dans la terre et une tranchée de 5m)
– achat de tuyaux et plomberie pour créer un point d’eau : 100€ environ
– achat de matériel et outils : 5000€ environ

Soit environ 4500€ liés en partie à la viabilisation du terrain, dont 1700€ dédiés uniquement à la durée du chantier concernant l’accès à l’eau.

En voyant ces chiffres, on s’aperçoit bien qu’au démarrage d’un tel projet, il vaut mieux avoir mis de l’argent de côté pour tout cela, et ainsi éviter de gréver le budget avant même d’avoir commencé. Ou alors acheter un terrain déjà viabilisé lorsqu’on le souhaite, et être déjà très bien équipé en matériel de travail du bois / avoir la possibilité de mutualiser avec d’autres chantiers à proximité.

Les modalités de financement

Pour financer ce type de projet, il me semble important d’être très conscient.e dès le départ des échéances : certains frais nécessiteront paiement dès le dépôt du permis, d’autres interviendront au fil de la construction, d’autres encore seront nécessaires au démarrage des travaux.
Lorsque l’ensemble est financé par la banque, il est impératif de questionner l’établissement sur le montant des éventuels frais de déblocage !

Marc et moi sommes propriétaires à 50/50. J’ai emprunté la totalité de ma part au Crédit Coopératif. L’emprunt pour autoconstruire n’est pas simple et toutes les banques n’acceptent pas. De ce que l’on en sait, quelques éléments de notre dossier ont fait pencher la balance en notre faveur : les fondations réalisées par des pros avec décénnale, la formation qualifiante pro-paille que nous avons suivie, et l’accompagnement par un pro pour l’ensemble de la structure.

Marc avait acheté avec ses parents la petite maison (55m2) dans laquelle nous vivions à Bordeaux. La flambée des prix liée à l’arrivée de la LGV lui a permis de réaliser une plus-value à la revente. Ses parents en ont profité pour lui céder leur part. Cette opération lui permet d’auto-financer sa part du projet.
Si nous avions acheté ensemble cette maison à Bordeaux, nous n’aurions pas pu faire un prêt en même temps pour notre projet en Dordogne. Nous aurions alors du, soit imaginer autre chose qu’une maison, soit tout lâcher d’un coup pour partir. Nous n’aurions pas pu nous permettre le confort de ce départ en douceur qui a également eu l’avantage de nous ménager physiquement, et psychologiquement.
Nous avons vu des couples exploser dans notre entourage suite à des changements de vie très soudains, et il n’est pas rare de voir des annonces de maisons à terminer sur le boncoin. Notre formateur paille nous disait d’ailleurs que les couples traversent généralement 1 hiver en chantier mais pas 2. Une information importante à prendre en compte, tant au niveau de la planification du projet que de ses échéances de financement.
Et puis dans tout ça, il y a fort à parier que les soucis d’argent mettent régulièrement de l’huile sur le feu…

2 réflexions sur “Parlons cash !

  1. Hello. Concernant les taxes, il faut te renseigner sur: taxe de recherche archéologique (1 x 174€ pour moi) ( oui, je sais😌) et taxe d’aménagement( ça pique peu… en fait c’est un cactus…). Cela peut-être tellement piquant que tu la paie en deux fois! ( pour moi: 1 x 1540 et & x 1538) et taxe foncière ( 274 sur la partie agricole et 774€ sur le constructible/an…) Mon terrain était viabilisé donc pas de frais d pose de compteur EDF. Voilou. Muxu!

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