L’eau de pluie #1

Je l’évoquais dans mon précédent article, la capacité à satisfaire son besoin en eau potable est pour moi une base de sécurité à penser en premier lieu.
Les systèmes permettant de s’autonomiser de façon plus ou moins complète sont nombreux. Une simple recherche sur internet ou des groupes Facebook thématiques permet de s’en apercevoir.

Alors voilà, si on s’arrête à la règlementation française, l’eau de pluie n’est utilisable que pour le nettoyage des sols, l’alimentation des toilettes et, après désinfection, pour le lavage du linge. On est loin de l’autonomie…
Pour le cas où l’on s’arrêterait à ces usages, il est nécessaire d’installer un double réseau d’eau dans la maison, évitant les interconnexions entre l’eau du réseau et l’eau de pluie filtrée.

De notre côté, on va tout simplement éviter de raccorder la maison à l’eau du réseau. Nos besoins doivent donc être entièrement couverts par les réserves en cuve, et par le débit du puits que nous ferons creuser (nous n’avons pas encore de données précises sur le sujet).

Je n’évoque ici que les solutions que nous avons retenues dans le cadre de notre projet.

Le système de filtration mobile

Une solution simple et rapide à mettre en place, comme les fameux Berkey dont on entend souvent parler.
Ces réservoirs sont en inox et peuvent filtrer et potabiliser l’eau des mares, rivières ou puits par exemple. On peut bien sûr les utiliser directement à la maison pour purifier l’eau du robinet, bien chargée en nitrates et en aluminium pour ne citer que ces toxiques là.

Avec des cycles de vie de 23000L, les filtres durent très longtemps en comparaison des autres systèmes de filtration. À raison de 12L par jour pour l’eau de boisson et de cuisson d’une famille de 3 personnes, on obtient ainsi une durée de vie de plus de 5 ans !
Cette durée varie bien sûr selon la qualité de l’eau que l’on filtre.

Ce procédé de filtration par gravité a été inventé par John Doulton en 1835, au bénéfice de la famille royale d’Angleterre. Le système fut ensuite amélioré par son fils, Henry Doulton, suite aux découvertes de Louis Pasteur sur les bactéries, et les filtres ont encore été améliorés par la suite avec l’adjonction d’argent colloïdal.
Cette dernière amélioration a popularisé l’utilisation du Berkey dans les structures hospitalières.

La marque propose aujourd’hui une gamme adaptée à toutes les tailles de groupes : de la gourde individuelle au réservoir qui en condition d’urgence peut fournir de l’eau potable à 650 personnes par jour.
On retrouve d’ailleurs souvent les Berkey dans les camps d’urgence mis en place par les ONG après des catastrophes mettant en péril les populations… Ce sont également ceux souvent cités sur les sites survivalistes.

On lit parfois que ces filtres sont si fins que plus rien, y compris les bons minéraux, ne passe. Berkey Waterfilters Europe apporte sur son site la précision suivante : « Les systèmes d’épuration Berkey n’éliminent pas les minéraux bénéfiques de l’eau, par contre ils extraient les métaux lourds nocifs tels que le plomb et le mercure, ainsi que les minéraux sédimentaires comme l’oxyde de fer. »
Donc si l’un de vous effectue des analyses comparatives, nous serons preneurs d’informations. Dans le cas contraire, nous ferons confiance à ces données, et aux expériences utilisateurs de plusieurs années.

crown berkey
crown Berkey, 22,7L

Comme nous avons de plus en plus de mal à rester en ville le week-end, nous prévoyons d’installer une caravane sur le terrain et de nous y rendre dès que possible.
Nous avons donc décidé de nous procurer un de ces Berkey, qui fera le trajet avec nous entre Bordeaux et la Dordogne.
Le Big suffira à satisfaire nos besoins.

La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie.
Sénèque

La récupération + filtration

Pour la maison, nous nous orientons pour l’instant vers un système de cuve enterrée complété par un système de filtration complet.
Nous nous sommes rapprochés de Optimeau, qui propose des cuves bulles en béton. Je déteste ce matériau, mais nous n’avons rien trouvé de mieux pour le stockage de l’eau de pluie. Le béton a effet pour propriété intéressante de neutraliser le pH de l’eau.
Il est extrêmement résistant, critère important lorsqu’on enterre sa cuve dans de l’argile, et a une très longue durée de vie.
Enfin, il ne libère pas de perturbateurs endocriniens comme le ferait le plastique.

Toute la question maintenant est celle du dimensionnement de l’installation.

ÉTAPE #1 – État des lieux

Notre consommation d’eau à l’heure actuelle est dans la moyenne française, à 120m3 par an pour un foyer de 2,5 personnes. Ça fait tout de même près de 135L par jour et par personne ! On est pas très regardants là dessus il faut bien l’avouer… et ça se voit.

À titre de comparaison, avant l’arrivée de l’eau au robinet, la consommation quotidienne par personne était de l’ordre de 15 à 20L.
Sacrée marge de progression n’est-ce pas !

eau France
répartition moyenne des consommations d’eau – source Cieau

 

Au-delà des moyennes, regarder en face ses conditions de conso et ses habitudes est fondamental.

Nos conditions actuelles de consommation d’eau :
– Nous vivons en ville, dans une petite maison de 65m2 avec 20m2 environ de jardin, cultivé bien sûr.
– Les toilettes sont alimentées en eau potable.
– Nous sommes équipés d’un lave-vaisselle et d’un lave-linge.
– Nous n’utilisons que l’eau du robinet pour notre consommation (pas d’achat d’eau en bouteille).
– Nous collectons l’eau de pluie pour l’arrosage du jardin, mais le collecteur ne suffit pas l’été et est vite tarit.

Notre très mauvaise habitude : Trainer sous la douche… Surtout l’hiver d’ailleurs, car la maison est tellement mal isolée qu’il y fait froid, ce genre de froid qui glace jusqu’aux os et dont il est si difficile de se débarrasser.
Nous avons mesuré 14° dans la cuisine après avoir préparé le déjeuner…

Mieux se connaître – mesurer puis comparer les moyennes et le réel

Après mesure de certains indicateurs, la répartition de notre consommation d’eau journalière ressemble à ça :

WC – 14,25%
Après calcul sur une semaine, nous estimons notre conso réelle à 50L/ jour.
Notre maison ne sera pourvue que de toilettes sèches, ce qui supprime déjà ce poste.

Le jardin / la voiture – 6%
La partie voiture ne nous concerne pas, mais la partie jardin oui, car la réserve d’eau de pluie ne suffit pas l’été. Lissée sur l’année, cette consommation qui représente 20L par jour me paraît cohérente.
Nous installerons un collecteur (sans doute plusieurs) pour récupérer une partie de l’eau de pluie tombée sur le toit de l’atelier. Une partie seulement, car l’argile doit récupérer de l’eau pour limiter les effets de gonflement / rétractation liés à l’assèchement.
Nous réaliserons également une ou deux mares servant d’exutoires à ces collecteurs et au système d’épuration, et permettant d’arroser.

Douches – 54,5%
Il y a ici une impérieuse nécessité à changer nos habitudes…
J’ai bien envie d’ailleurs de ne pas installer de douchette, c’est à dire pas d’eau courante dans la salle-de-bain. Une simple marmite (pour réchauffer l’eau lorsqu’il fait froid) avec un broc suffirait et nous ferait économiser beaucoup d’eau puisqu’on passe alors à 10/15L par douche contre 70-75L actuellement.

douche Elena
La douche d’Éléna, sur un groupe facebook dédié à l’autonomie.

Au final, la répartition de notre consommation d’eau ressemble davantage à ça :

notre conso

ÉTAPE #2 – Évaluation du potentiel de récupération

La surface à l’horizontale de la toiture de la maison est de 112m2.
La pluviométrie en Dordogne, dans cette partie du département, est en moyenne actuellement de 850mm par an, avec une saison sèche bien marquée, surtout au cours des dernières années.

Pour connaître la capacité de récupération d’eau d’une toiture, le calcul est le suivant :
surface (au sol) x précipitation – 10% de pertes

À l’année, cela nous donne une capacité de récupération d’eau théorique de :
112 x 850 – 10% = 85,68m3

ÉTAPE #3 – Définition & évaluation de l’objectif

Si on part de notre base de conso actuelle et que l’on réajuste chaque poste avec les données précédentes, on obtient :
120m3 par an – (économies potentielles 17,1 wc + 7,1 jardin + 65,4 douches) = 30,4m3 par an pour 2,5 personnes.

Soit 12m3 par personne – un peu plus de 33L par jour.

Ma fille sera peut-être dans l’avenir amenée à passer beaucoup plus de temps avec nous, et nous souhaitons recevoir nos familles et nos amis sans subir de tension sur le sujet eau. Ce sont des paramètres à prendre en compte.
Je partirai donc de l’hypothèse d’une consommation de 40L par jour et par personne, sur la base de 4 habitants, soit 58,4m3 par an.

En théorie, tout va bien puisqu’on a déterminé précédemment une capacité de collecte de 85,68m3.
Mais il est impératif de tenir compte des variations de précipitations selon la saison.

Voici par exemple les données de 2016 pour un point d’enregistrement proche :

Capture d_écran 2018-07-11 à 00.48.27
source : météo France

Il est évident, à la vue de ce graphique, que l’enjeu pour nous est de gérer ce passage « à sec » de l’été, qui peut durer 2 à 3 mois.

 

J’ai donc calculé les capacités théoriques de récupération mois par mois pour cette année contrastée. J’en ai ensuite déduit le niveau de remplissage des cuves sur la base de 2x7000L envisagés et d’une consommation de 160L par jour :

tableau des capacité

Cette projection est basée sur une consommation stable et supérieure à l’objectif atteignable de 33L/jour, et ne prend pas en compte la capacité d’adaptation des habitants 😉
De plus, elle est calculée sur la base de 4 habitants, prenant ainsi en compte le passage d’amis, et laissant une marge de manœuvre appréciable.

Étant donné les variations importantes de température, de pluviométrie, et l’incertitude liée à l’évolution de notre climat dans les années à venir, nous jouerons donc la sécurité en validant cette implantation basée sur le couplage de 2 cuves de 7000L.

// ZOOM SUR LA FILTRATION //

Les cuves bulles Optimeau sont clé-en-main. Cela signifie qu’en plus du pompage, cette solution intègre un système de pré-filtration, qui permet de retenir les brindilles et matières organiques avant l’entrée de l’eau dans la cuve, et un système de post-filtration adapté aux usages envisagés.
Conformément à la règlementation, ces systèmes de filtration permettent l’usage de cette eau pour l’habitation, hors eau de cuisine et de boisson.

Pour cela, nous complèterons le dispositif par un osmoseur inversé avec dynamiseur, tel que celui proposé par Délice d’Eau, toujours une entreprise Périgourdine. Nous avons déjà eu l’occasion de le tester et une amie en a équipé sa maison depuis maintenant 3 ou 4 ans. Son retour d’expérience est très convaincant.

Je pense revenir sur cette question de la filtration d’ici quelques mois, lorsque je creuserai le sujet avant que l’on valide les devis…

 

Et pour terminer cet article fleuve, une petite vidéo de la très bonne série de vulgarisation « Et tout le monde s’en fout « :

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