On reconnaît le bonheur…

Le rythme des articles et publications qui traitent d’effondrement global s’accélère.

Il ne passe désormais pas une journée sans que j’en voie sur mes fils d’actualités, parfois émanant de sources surprenantes.
Ainsi, le Premier Ministre français a cité les thèses de la collapsologie à maintes reprises ces derniers jours, dans des allocutions différentes(1,2,3). Il va d’ailleurs jusqu’à se dire « obsédé » par le sujet.

Et quoi ?

Ben rien.

Ça ne change rien.
Le sénat a vidé de toute substance la loi agriculture et alimentation, le gouvernement a reculé sur sur l’interdiction du glyphosate, et la France se prépare à augmenter ses importations d’huile de palme de 64% pour en faire du gasoil (4)…
Bien sûr les vidéos dont il est question plus haut font moins de vues que celles de Nabila. Autour de moi, les personnes déjà conscientes du risque grandissant d’effondrement généralisé accélèrent le mouvement.

Nous aussi on va accélérer tout ça. On en arrive certains jours à se demander si on aura le temps de construire la maison. Ce sont les jours de « crises de collapso »…
On en revient donc à notre vision de départ, celle qui a déclenché nos recherches : une cabane en bois sur un terrain où tout se mange ou presque. Un lieu préservé, simple, et autonome.
Priorité donc à la nourriture et à la médecine.
Planter des légumes, des baies, des aromates, des médicinales, et apprendre à les sécher, à les conserver et à les utiliser. Apprendre à reconnaître les plantes sauvages comestibles, se familiariser avec la cueillette.

Parfois j’ai peur, de ne pas avoir le temps.
Parfois je me dis que d’autres ont peur depuis longtemps et que leur crainte n’est jamais passée dans le concret. Je me rappelle très bien par exemple le passage à l’an 2000, ou encore le 21 décembre 2012 et la foule rassemblée au Pic de Bugarach… Ils étaient bien évidemment convaincus que la fin du monde était proche, avec toute la sincérité qu’ils ont pu mettre dans cette croyance.
J’ai aussi connaissance de la vision et du message des écolo dès les années 70, en fait dès le rapport du Club de Rome. Taxés de catastrophistes, les discours d’alors ont perdu toute crédibilité lorsque le « progrès technique » et les mensonges des grandes entreprises (5) ont permis de masquer l’impact de notre société de consommation sur notre environnement. Enfin du moins aux yeux du grand public.
Mais aujourd’hui tout va plus vite. Le rythme d’effondrement de la biodiversité s’est accru, le changement climatique a un rythme 2 fois plus soutenu que celui envisagé par les climatologues…

Je plaisantais il y a quelques mois en disant à un ami que Macron était peut être en réalité un guerrier de la lumière, qui faisait tout le nécessaire pour précipiter l’effondrement économique afin de limiter les effets de l’effondrement de la biodiversité. Sans aller plus loin dans les suppositions et projections hasardeuses, il apparaît aujourd’hui clairement que le sujet est sur la table et n’est plus confidentiel.

On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va.
Jacques Prévert

L’immobilisme ambiant me glace.

Que faut-il donc annoncer aux foules pour qu’elles se structurent ?

Lors de la dernière soirée collapso entre femmes, le sujet du collaboratif et de la communauté est revenu de façon très prégnante comme étant un incontournable de la résilience dans un monde post-effondrement. Et j’ai réalisé que l’immobilisme dont nous faisons preuve à échelle collective, est la résultante directe de notre ultra-individualisme.
Moi la première.
Je trouve déjà très exigent et difficile de mettre en application un réel fonctionnement collaboratif à petite échelle. Ma cellule familiale, comme pour beaucoup d’entre nous, c’est la famille dite nucléaire : parents + enfants.
Vivre avec d’autres personnes, en plus de ce cercle ? Je n’ai jamais appris.
Comment se projeter du jour au lendemain dans une vie qui repose entièrement sur la coopération ?
Comment accorder cette confiance à l’autre ?
Comment se satisfaire de ce que l’autre peut nous donner ? De ce qu’on peut fournir à l autre ?

Et puis je pense aux vieux aussi.
J’en croise chaque jour que j’observe attentivement dans leurs difficultés à se mouvoir, dans les douleurs qui semblent parcourir leurs corps. Je me demande ce qu’ils ressentent. Ce que c’est de vivre dans un corps qui fait mal, qui répond mal.
Je me demande aussi comment on vit sans système de santé fiable. Comment on vit, et comment on vieillit.
Et je pense à ma grand-mère, qui s’éteint petit à petit dans un EHPAD. Sans souvenirs. Sans autonomie. Sans amour. Sans vie.
Ce qui est « le mieux » ? Je n’en sais rien. Je sais juste que je ne veux pas finir ma vie comme elle.


(1) Facebook Live du 2 juillet, à suivre à partir de 27’45 »

(2) Comité interministériel de la biodiversité

(3) Discours au forum international Planet A

(4) https://reporterre.net/Total-pourrait-faire-bondir-les-importations-d-huile-de-palme-en-France

(5) http://www.up-magazine.info/index.php?option=com_content&view=article&id=7940:les-climatologues-se-sont-trompes-la-planete-se-rechauffe-deux-fois-plus-vite-que-prevu&catid=174:climat-ressources&Itemid=827

 

3 commentaires sur “On reconnaît le bonheur…

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  1. Bonjour,

    Je partage cette impression que l’on trouve de plus en plus de signes d’intérêt sur ce sujet de « l’Effondrement » (ou du « délitement », ou « l’effritement »…) à venir. Il y a quelques mois les articles et vidéos étaient rares. Aujourd’hui il ne se passe pas un jour sans un, voire plusieurs éléments abordant ce thème.

    Et la triple communication à ce sujet, à quelques jours d’intervalle, du premier ministre en est un signe manifeste. Étonnamment, cette info capitale ne semble pas avoir été reprises par les grands médias.

    « Parfois j’ai peur, de ne pas avoir le temps. ». Idem. Avec la même crainte d’être abusivement alarmiste quand, concrètement, rien ne se passe vraiment autour de soi. Il y a les faits scientifiques, connus, et l’immobilisme ambiant qui laisse croire qu’on a encore le temps. Sauf qu’on SAIT qu’il ne faut pas attendre.

    « Comment se projeter du jour au lendemain dans une vie qui repose entièrement sur la coopération ? » Grande question, en effet ! Il faudrait, pour ceux qui n’y sont pas encore (c’est mon cas) se mettre tout de suite à « construire » un réseau de coopération propre à faire face, au mieux, aux perspectives de nécessaire résilience. Mais comment en parler ? Comment rejoindre des personnes dans un cercle de relative proximité géographique ?

    Beaucoup de questions se posent et les réponses ne sont jamais simples.

    Merci pour votre réflexion qui contribue à nourrir la mienne 🙂

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  2. Je lisais avant-hier les premières pages du livre « Sur les épaules de Darwin », et je me suis sentie profondément émue quand l’auteur décrit (ou cite quelqu’un qui décrit) l’ambiance probable de nos ancêtres lointains, les cercles autour du feu, les histoires que l’on se raconte… Ça a relancé mon désir profond de communauté, endormi depuis ma grossesse et mon envie de fusion à 3. C’était comme une urgence. Je rêve de communauté depuis toujours, maintenant j’ai envie de faire des pas concrets dans cette direction. Et je veux vivre au bord de la forêt. Et j’ai peur, et de la communauté, et d’une vie plus sauvage… Mais je sens qu’il est temps d’avancer dans cette direction, un peu plus rapidement que ce que j’avais enclenché jusqu’à présent.

    Et puis, j’avais oublié cette histoire de collapsologie… Et je me retrouve en ce moment en prise avec le monde « réel », en relation conflictuelle avec le fait de gagner de l’argent, d’en dépenser, et en conflit avec mon compagnon et sa relation conflictuelle au fait de gagner de l’argent, d’en dépenser… Avec l’un comme l’autre une urgence de tout dépenser pour qu’on en soit enfin libérés, et une urgence d’en gagner pour nous sentir enfin en sécurité. Le regard de mes parents et ma sœur sur cette situation… Comme un conflit de loyauté, eux ou lui…

    Merci infiniment chère artisane, tu viens de m’aider à me souvenir qu’une autre réalité se profile peut-être, que c’est normal de paniquer à sa possible approche, d’avoir des comportement contradictoires parfois, d’alterner écologie et ultra-consommation, cohérence et chaos, et que les critères d’adéquation à cette société de consommation ne seraient pas les critères d’adéquation à une société d’après effondrement. Un équilibre à trouver d’ici là, le cul entre deux chaises.

    Merci de tout mon cœur, j’avais besoin de lire ces mots aujourd’hui.

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