Liberté

Mercredi soir, j’ai participé à un échange structuré d’une façon intéressante : la petite histoire dans la grande Histoire.
La thématique de la soirée : l’engagement citoyen. Et oui, mercredi soir c’était la nuit de la citoyenneté. C’est drôle, car ce thème, de prime abord, me parle peu.
Je trouve qu’il s’agit d’un mot galvaudé, utilisé à toutes les sauces, présent dans toutes les bouches, et qui y a perdu son sens.

L’environnement dans lequel j’évolue parle constamment de collectif, de vivre ensemble, de façon de « faire la ville », de participatif, d’économie collaborative…
J’y vois plein de bonnes intentions, plein de belles initiatives, mais aussi beaucoup de personnes qui se donnent et s’oublient, beaucoup de frustrations, parfois de la colère. Et je ne me reconnais pas dans une partie des idées et valeurs véhiculées.

Ce que j’ai trouvé intéressant hier, c’était la démarche qui replaçait l’être humain au centre des actions qui mènent ce monde. Qui font de lui un être actif.
La petite histoire, c’est celle qui nous façonne, chacun.
Nous étions une douzaine, et avons tous noté 3 événements-clés de nos vies. Ceux qui marquent un avant / après, pas forcément en rapport avec nos engagements actuels.
Cette partie de la soirée nous a ainsi permis de faire connaissance, et surtout de prendre conscience de la part de nous-mêmes présente en chacun.

Il me semble qu’en même temps que nous perdions le rapport à la nature, nous nous sommes éloignés de notre rapport aux autres.
Nous sommes des êtres sociaux, nous recherchons la chaleur d’un foyer, celle d’un groupe, d’une appartenance. Nous naissons extrêmement vulnérables, incapables de nous débrouiller seuls, et notre survie dépend uniquement du groupe.
Avec notre habitude, inculquée dès le plus jeune âge, de tout intellectualiser et ne nous intéresser qu’aux faits, nous perdons le contact avec ce qui fait de nous des êtres vivants et non des intelligences artificielles : notre intuition, nos émotions.

J’ai rencontré cette part de moi au fil de ma grossesse, puis de façon très sauvage à la naissance de ma fille.
La part d’animalité en moi ne demandait qu’à s’exprimer. Plus je me documentais, plus je comprenais le sens de ce que je ressentais… et plus je m’attirais d’ennuis dans un entourage qui n’était pas prêt à envisager les choses sous un autre angle que celui de l’habitude, du « on a toujours fait comme ça ». Toujours ? Vous êtes surs ?
Accoucher sans anesthésique qui perturbe le déroulement naturel de l’accouchement en annihilant la sécrétion de l’ocytocine  naturelle, la fameuse hormone de l’attachement.
Comme un autre marsupial, porter son bébé, dormir avec lui, et comme un mammifère l’allaiter suffisamment longtemps pour ne pas avoir à lui donner le lait d’un autre animal, le laisser faire ses expériences, l’autonomiser, lui faire confiance et bien sûr le protéger.

Au final, en me liant à ma fille, je suis devenue plus autonome. Plus responsable. Plus ouverte. Et beaucoup plus libre.
J’ai appris à assumer des postures différentes de celles qui sont socialement acceptées et reconnues comme « normales ». J’ai appris à m’affranchir d’une partie du regard de l’autre. Et cela ne s’est pas fait sans heurts.
Cette extraction du groupe est violente.
C’est sans doute également un passage nécessaire, pour mieux y revenir avec un ancrage plus fort.

« Lorsque tu veux faire quelque chose, sache que tu as contre toi ceux qui veulent faire la même chose, ceux qui veulent faire le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne veulent rien faire. »
Confucius

Aujourd’hui, dans notre projet d’auto-construction et d’autonomie, ces mêmes barrières mentales se lèvent, pas de la part du même entourage.
Elles permettent de questionner en profondeur les raisons qui nous ont guidés vers ces choix. Elles renforcent ma volonté de poursuivre en suivant ma petite voix intérieure, celle qui me souffle l’urgence de préparer demain.
Un demain dans lequel nous serons moins dépendants et dans lequel nous aurons assuré la satisfaction d’une bonne partie de nos besoins vitaux.

Construire une maison, parler d’autonomie, d’indépendance, cela m’a beaucoup questionné. N’est-ce pas une forme d’individualisme, voire d’égoïsme ? N’est-ce pas une fuite survivaliste complètement déconnectée des systèmes humains ? Est-ce que l’envie de partager les fruits de ce travail suffit à rendre ce projet moins individualiste ?
C’est avec ces questions que je suis arrivée à la soirée, mercredi.

En les évoquant en conclusion, un mot m’a été soufflé par l’animateur : LIBERTÉ.

Il venait pousser les restes d’une culpabilité de penser un projet perso tout en ayant conscience de l’importance de la coopération. Je réalisais que l’individualisme dans une dynamique d’expansion-confiance (1) contribuait lui aussi à l’essor d’un autre modèle de société.

Comme le bonheur, que nous cherchons frénétiquement à l’extérieur alors qu’il naît en nous, la liberté est un mouvement de soi vers les autres.

bonheur

(1) Thomas d’Ansembourg utilise cette expression d’expansion-confiance en opposition à la posture de contraction-méfiance dans ces conférences. Voir son TedX sur l’intériorité citoyenne.

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